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Brenjour, C'est Moi! Sur L'identité

Ça fait bien plus d'un mois depuis mon dernier billet en français. Pourquoi ? Honnêtement, parce que c'est difficile! J'essaie d'écrire plus dans mon journal intime en français. J'me perds dans les temps de verbes, les conjugaisons, cette forêt dense de formes. Tres dense. J'écris, elle écrit, ils écrivent, vous écrivez, tu écris. Bah. Chaque phrase un petit test que j'peux rater.

Il y a tellement de choses sur l'identité qui sont liées au langue. C'est un sujet fascinant pour moi, même si j'avoue que je connais pas grand-chose là-dessus. Dans mon billet précédent, j'ai reçu une belle réponse de Brendan, et il a écrit son propre billet en français, intitulé «Ma voix, mon choix», où il parle de sa propre insécurité et de son héritage :

je n'affiche pas mon identité franco-canadienne en ligne. En gros, c'est parce que ma deuxième langue est rattachée à mes capacités professionnelles. J'ai toujours été fier de pouvoir parler et écrire dans mes deux langues. Mais, j'ai toujours ressenti une insécurité linguistique en français. En parlant (et en écrivant), si je cherche mes mots ou si je ne suis par certains de la tournure de phrase juste, je me tue.

Hm, "tue" et non "tais." Moi, je me sens pas aussi fort là-dedans, parce que je suis pas franco-canadien, ou du moins je suis très loin, très détaché de mon héritage français. Surtout ici, au fond des prairies. Le distance est un mur, plat et dur, et le français reste quelque chose de lointain, quelque chose qui appartient à une autre région. Une autre mémoire du corps.

J'ai lu des études qui disent que les gens ont essentiellement des personnalités différentes quand ils pensent et parlent dans des langues différentes. Il y a un proverbe tchèque qui dit: «Apprenez une nouvelle langue et vous obtenez une nouvelle âme.» Les chercheurs ont trouvé quelque chose de vrai là-dedans. Dans une étude de référence publiée en 2006, des bilingues espagnol-anglais aux États-Unis et au Mexique ont passé des tests de personnalité dans les deux langues. Les participants avaient tendance à obtenir des scores plus élevés en extraversion, en agréabilité et en conscience quand ils répondaient en anglais. Dans une autre étude, des femmes japonaises-américaines complétaient des phrases dans leurs deux langues, et les fins proposées étaient radicalement différentes. En japonais, pour la phrase «Quand mes désirs entrent en conflit avec ceux de ma famille», une participante écrivait «...c'est un moment de grande tristesse.» En anglais ? «...je fais ce que je veux.» Une même femme, deux philosophies de vie, selon la langue du stylo.

Dans une étude sur des bilingues chinois-anglais aux États-Unis, les participants disaient qu'ils se sentaient plus à l'aise d'exprimer leurs émotions en anglais, leur deuxième langue, parce qu'elle avait moins de restrictions sociales, mais qu'ils ressentaient une intensité émotionnelle plus grande en mandarin, leur langue maternelle. Certains chercheurs appellent ça le "cultural frame switching" ou juste "code-switching" un changement de cadre culturel, pas vraiment de personnalité, mais qui y ressemble tellement que c'est dur de faire la différence depuis l'intérieur. Je trouve ça fascinant, et un peu vertigineux. Ce phénomène semble surtout vrai pour les gens qui sont à la fois bilingues et biculturels, et il est fortement influencé par la façon dont on perçoit cette langue, pas juste la langue elle-même.

Donc... qui est le Brennan français ? Est-ce qu'il gesticule différemment quand il cherche ses mots ? Est-ce qu'il rit plus doucement, ou plus fort ? Est-ce qu'il est plus triste, ou est-ce qu'il porte sa tristesse autrement, comme un manteau différent ?

Au fait, vous avez remarqué le jeu de mots dans le titre ? Brenjour, à la fois bonjour et «Bren day» ... brennan.day ! C'est drôle parce qu'une de mes premières tentatives de faire un blogue était sur brenjour.github.io et j'ai pas fait le lien avec mon blogue actuel avant des semaines après avoir commencé le projet. C'est drôle comment les choses fonctionnent comme ça, non ?

Hm. Un autre aspect important de l'identité, c'est le genre. Et le français, comme beaucoup de langues, est beaucoup plus genré que l'anglais. Chaque objet dans la langue est soit féminin, soit masculin. Fermement placé dans le binaire rigide, renforçant le genre d'une façon que l'anglais fait pas. La table est féminine. Le soleil est masculin. La prairie, elle, est féminine aussi. Je sais pas si c'est juste.

Et le mouvement pour changer ça existe depuis longtemps, surtout ici au Canada. Le débat sur le langage inclusif est bien vivant au Québec depuis plus de cinquante ans. En France, le mouvement a pris de la chaleur dans les dernières années, et quand le dictionnaire Le Petit Robert a décidé d'inclure les pronoms «iel» ou «iels» en 2021 pour refléter leur usage croissant, ça a déclenché une discussion enflammée. Le pronom «iel» est une fusion de «il» et «elle» un est maintenant reconnu par le Robert comme pronom personnel neutre de la troisième personne du singulier, avec aussi «ul», «ol», et «ille» comme alternatives qui circulent dans les communautés Queer francophones.

En septembre 2025, le gouvernement du Québec a fait le contraire. Le ministre de la Langue française, Jean-François Roberge, a annoncé la fin de l'écriture inclusive dans toutes les communications publiques du gouvernement. Interdisant des mots comme «iel», «toustes», «celleux», «mix» et «froeur». Roberge a dit qu'il voulait mettre fin à «la confusion linguistique». Mais Victoria Legault, directrice d'Aide aux Trans du Québec, a dit que la décision s'inscrit dans un contexte de polarisation croissante : «On voit une montée de la haine, de l'intolérance et de la violence envers les personnes trans et non binaires ici et partout.» Et une activiste trans, Celeste Trianon, parle «C'est une politique qui ne sert absolument à rien, sauf à exclure les gens.»

On peut permettre à quelqu'un d'utiliser le marqueur X sur son permis de conduire, mais lui interdire d'exister dans la langue officielle de l'État. On vous donne une case dans un formulaire et on vous enlève le mot pour vous décrire. Une contradiction qui fait mal.

Je me demande si mon apathie envers mon propre genre vient du fait que ma langue maternelle est une langue tellement sans genre. Si j'y pense vraiment, je n'ai pas envie d'une identité particulière. Et c'est tellement intéressant... les pronoms entrent en jeu seulement quand on parle de quelqu'un, pas quand on lui parle directement. Le il, le elle, le ils, le iel, nah! Ça veut dire que t'es discuté, que t'es référencé par d'autres. Une conversation qui se passe sans toi, quelque part dans une cuisine ou dans un text de groupe.

Comment est-ce que je veux que les gens me réfèrent ? Il y a des jours où la réponse est «je veux pas être référencé du tout», mais c'est niaiseux. Je suis niaiseux. Je suis un petit canard niaiseux ! Coin-coin ! Non, je sais pas. Encore une fois je me retrouve à tourner vers l'apathie. Je préférerais que les gens pensent et discutent de mes idées et mon écriture. Pas qui je suis comme personne.

C'est peut-être à cause de l'environnement où j'ai grandi. Typiquement je trouve que si t'es en train de parler de quelqu'un pis qu'il est pas là, c'est du commérage et pas des éloges. Je sais que je suis coupable de ça plus que la plupart. J'avais pas réalisé à quel point il est facile pour le commérage de devenir toxique. Ce qui commence comme des blagues innocentes vite devient des rumeurs et du médisance. Je haïs ça ! Croyez-moi, je fais un point de ne plus jamais parler dans le dos de quelqu'un. La seule fois que je parle des autres quand ils sont pas là, c'est pour les féliciter ou leur donner du crédit.

Hm. C'était un tournant intéressant dans la conversation. Je suppose que mon esprit va dans des directions différentes quand j'écris en français. Je suis tellement concentré sur la correction des phrases que les phrases finissent par être bien plus banales. Le résultat est plat et honnête d'une façon que mon anglais peut éviter. C'est drôle, ça.

Je pense que j'encouragerais n'importe qui à essayer d'apprendre une autre langue. Pour voir à quel point c'est difficile. Pour voir à quel point les gens sont intelligents qui parlent un anglais brisé comme leur deuxième langue. Ce courage, cette vulnérabilité d'ouvrir la bouche et de pas être sûr. Le monde est tellement différent, il y a tellement de différences dans les nouvelles, la littérature, pis à peu près tout. Une autre teinte de l'humanité.

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